La Bretagne, est-il besoin de le
rappeler, possède une culture
riche par de nombreux aspects. La
musique est un des domaines dans lequel
les Bretons ont toujours su démontrer
leur savoir-faire. Qu'il
s'agisse de la musique populaire,
de la musique religieuse ou du métissage
artistique, tous les genres ont été
et sont encore aujourd'hui abordés.
Dans le domaine de la musique traditionnelle,
les sonneurs (nom des musiciens jouant
de la bombarde et du biniou -ou cornemuse-
en couple) peuvent être considérés
comme les ambassadeurs du genre breton.
Les chants a-capella, en couple, dit
kan-ha-diskan (littéralement
"chant et déchant"),
ou seul dans les balades et les complaintes,
autrement dit les gwerzioù,
impressionnent par leurs performances
vocales. Les premiers animent souvent
les fêtes locales (festoù-noz)
tandis que les seconds sont autant
d'histoires racontées en chanson.
Charles
Cottet-Le-Puy, Pêcheurs
fuyant l'orage, 1903, Musée
des Beaux-Arts de Quimper |
En Europe, en 1848, le "printemps
des peuples" et l'effondrement
progressif de l'Empire austo-hongrois
voit l’affirmation du principe
des nationalités. Les
compositeurs de musique classique
se sont dès cette époque
efforcés de créer des
styles nationaux empruntant
des thèmes traditionnels.
L'exemple le plus marquant est certainement
la création du groupe des cinq
en Russie (Borodine, Moussorgski,
Rimski-Korsakov, Balakirev, Cui).
Leur principe était simple
; composer une musique d'inspiration
russe. D'autres compositeurs en Europe
vont alors créer des styles
empruntant à la tradition populaire.
Qu'il s'agisse de Sibelius en Finlande,
de Grieg en Norvège, de Dvorak
et Smetana en Bohème ou Debussy
en France, tous se sont affranchis
peu à peu du style romantisme,
style qui ne collait plus à
leur époque, pour créer
des écoles nationales. Ravel
s'inspira fortement de son Pays basque
natale tout en suivant les pas des
autres compositeurs de l'Hexagone.
Canteloube, l'Auvergnat emprunta pour
sa part beaucoup à la tradition
des chants occitans.
Et la Bretagne ? Forte d'une
tradition musicale originale, elle
ne pouvait qu'inspirer ses fils.
Leurs noms sont aujourd'hui connu.
Le premier grand compositeur breton
et certainement l'initiateur d'une
"école bretonne"
se trouve en la personne de Joseph-Guy
Ropartz né à
Guingamp en 1864. Ecrivain, poète
et compositeur, sa musique
s'inspire rapidement de son pays natal.
Dirigeant le conservatoire de Nancy,
son oeuvre emprunte souvent à
la Bretagne, ses danses et son âme.
Son opéra "Le Pays"
en est l'illustration la plus caractéristique.
"Pêcheur d'Islande"
ou bien encore "La Chasse du
prince Arthur" empruntent tant
aux réalités bretonnes
de l'époque qu'à l'imaginaire
celtique. Sa première symphonie
sur un cantique breton est une oeuvre
d'une extrême sensibilité.
Yan
d'Argent, Les Lavandières
de la nuit, 1861, Musée
des Beaux-Arts de Quimper |
Les compositeurs qui lui
succéderont et souvent le côtoieront
seront tout aussi actifs dans l'utilisation
de la matière bretonne.
Certains procéderont au collectage
de chants traditionnels. C'est la
cas par exemple de Bourgault-Ducoudray
missionné pour cela par le
Ministère ou de Duhamel. Ils
auront rapidement conscience que dans
ces chants réside le beau et
l'original.
Dans son ouvrages, intitulé
"Dictionnaire des compositeurs
de musique en Bretagne", Vefa
de Bellaing recense plus de
200 compositeurs liés par leurs
origines ou par amour à la
Bretagne. De renommée
inégale, ces compositeurs ont
toutefois participé, chacun
à leur niveau, à l'émergence
d'un style breton. Ce site n'en sélectionne
qu'une infime partie, de sorte de
faire découvrir les plus connus.
Ces derniers ont souvent
été liés entre
eux. Adhérants pour
une partie d'entre eux au mouvement
artistique du début du siècle
Seiz Breur, ils ont contribué
à donner une identité
musicale originale à la musique
bretonne de leur époque. C'est
le cas de Paul Ladmirault, Paul Le
Flem, Georges Arnoux ou Jef Le Penven,
tous les quatre adhérants de
l'Unvanizh ar Seiz Breur. Aussi la
commission pour la musique de l'Institut
celtique de Bretagne, rassemblait
tous les grands de l'époque.
En plus des quatre nommés plus
haut, on y trouvait Ropartz, Guillou,
Piriou ou Langlais. Une autre association
créée par Le Flem en
1912 rassemblait elle aussi des compositeurs,
il s'agissait de l'Association des
Compositeurs Bretons (ACB). D'autres,
comme Vuillemin, Duhamel ou Rhené-Baton
participeront aussi activement à
cette avanture.
Alors "école
bretonne" ou pas ? Les contacts entre compositeurs
bretons de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle au sein de différents
associations ont créé un style spécifiquement breton. On peut aujourd'hui affirmer qu'à cette époque une école bretonne de musique classique a vu le jour. Elle n'aura pas le succès qu'a rencontré le groupe des cinq en Russie. Mais ces compositeurs auront eu au
moins le bénéfice de
créer des liens. Ces liens
sont soutendus par le désir
d'exprimer à travers certaines
de leurs oeuvres leur pays.
Alfred
Guillou, L'Arrivée du
pardon de Sainte-Anne-de-Fouesnant
à Concarneau, 1889, Musée
des Beaux-Arts de Quimper
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Ce style s'est créé
autant par les "Noëls bretons"
que Jean Langlais utilisent dans ses
compositions que les thèmes
religieux, historiques, légendaires
ou tout simplement la musique tradionnelle
qui inspirent d'autres compositeurs.
Brocéliande, Merlin, les cantiques,
la mer. Tout ce qui caractérise
la Bretagne est une source d'inspiration.
Jean Cras excèle par exemple
dans l'évocation de la mer.
"Journal de bord", son oeuvre
la plus connue en est l'illustration.
Les pièces pour piano de Rhené-Baton
comme "En Bretagne", "Au
pardon de Romengol", "Danses
de la Saint-Jean pays trégorrois"
ou les pièces vocales ou d'orchestre
"Les Fileuses de Bretagne"
et "Dimanche breton" de
Ropartz en sont quelques exemples
supplémentaires.
Ainsi, chaque compositeur
présent dans ce site a utilisé
son pays pour magnifier ses oeuvres.
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